Le chat domestique
(Felis silvestris catus)

Chat errant vivant dans une colonie du Minnesota, États-Unis (© Stephen Cowdery )

Statut

Espèce préoccupante, présente au Québec

Description

Le chat domestique (ou chat errant, chat de gouttière, chat de grange) est la sixième sous-espèce de Felis silvestris de la famille des félidés et comprend plus d’une soixantaine de races différentes. Outre la race, on catégorise les chats domestiques selon leur degré de dépendance à l’humain. Ainsi, le chat domestique de compagnie ou de maison est celui qui loge chez son propriétaire. À l’opposé, le chat errant est indépendant de l’humain, mais il peut bénéficier occasionnellement de soins apportés par celui-ci. Un chat domestique peut donc devenir errant s’il s’est échappé de chez lui, s’il a été abandonné ou s’il est né de parents errants. Comparativement au chat de maison, le chat errant est asocial avec les humains.

La morphologie et le pelage du chat varient considérablement selon la race de l’animal. Certains animaux peuvent être trapus ou longilignes et la coloration du pelage varie du blanc au noir en passant par le crème, le roux et le brun. Le chat typique a un pelage tigré ou tacheté noir avec des teintes de blanc sur la poitrine et le ventre. La masse du chat domestique peut atteindre et dépasser 5 kg si l’animal est trop nourri. Le chat errant pèse généralement entre 1,5 et 3 kg.

Espèces indigènes similaires

À l’exception des chats de race, le chat domestique ressemble beaucoup aux cinq sous-espèces de chat sauvage présentes en Europe (F. silvestris silvestris), au sud de l’Afrique (F. silvestris cafra), en Asie centrale (F. silvestris onarta), au Proche-Orient (F.silvestris lybica) et sur le plateau tibétain (F. silvestris bieti). Au Québec, le chat domestique se différencie par sa petite taille comparée à celle des trois espèces indigènes de félidés, soit le lynx du Canada (Lynx canadensis), le lynx roux (Lynx rufus) et le cougar (Puma concolor).

Habitat

Le chat domestique a colonisé une grande variété d’habitats à cause de son association avec l’humain. On le trouve évidemment en zone urbaine et périurbaine, mais aussi en zone rurale dans les paysages agroforestiers. Le chat domestique peut vivre dans les forêts, les champs et les déserts semi-arides.

Reproduction

Contrairement aux cinq sous-espèces de chat sauvage, le chat domestique est polyœstrien, c’est-à-dire que les femelles peuvent être fécondes plusieurs fois par année (jusqu’à cinq). Le temps de gestation dure en moyenne 65 jours et la taille des portées varie de 4 à 6 chatons. Le sevrage des jeunes se produit après 8 semaines et les chatons deviennent indépendants de leur mère vers l’âge de 6 mois. Les jeunes atteignent la maturité sexuelle à l’âge de 7 à 12 mois. Une fois adultes, les mâles peuvent se disperser jusqu’à 3 km de leur lieu de naissance. Le grand potentiel reproducteur et la capacité de dispersion du chat domestique sont à l’origine de l’augmentation des populations observée à différents endroits dans le monde.

Historique de l’introduction et principaux vecteurs de propagation

Le chat domestique tiendrait son origine du chat sauvage d’Afrique (F. silvestris lybica), qui aurait été domestiqué entre 9500 à 3600 ans av. J.C. Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, ce sont les Européens qui ont massivement introduit le chat domestique afin de contrôler les rongeurs, notamment les rats, dans les bateaux et autour des résidences. Les chats introduits volontairement durant cette période sont à l’origine des chats errants que l’on trouve aujourd’hui en Amérique, en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans les îles océaniques. De nos jours, l’humain contribue à l’augmentation du nombre de chats errants en négligeant de stériliser ses propres animaux de compagnie ou en les abandonnant dans des milieux naturels ou des parcs urbains.

Distribution connue

La distribution du chat domestique de compagnie et des chats errants est mondiale. On les trouve principalement dans tous les endroits où ils peuvent s’associer à l’humain, allant des îles subantarctiques jusqu’à la forêt boréale. La présence du chat est favorisée dans les régions où les hivers ne sont pas particulièrement froids et rigoureux.

Les densités de chats domestiques, qu’ils soient errants ou non, varient selon le niveau d’urbanité. En zone rurale, les densités de chats sont habituellement inférieures à 5 individus/km2, alors qu’elles varient autour de 5 à 50 chats/km2 autour des fermes. Dans les villes, les densités de chats sont généralement supérieures à 50 chats/km2 et peuvent même atteindre des valeurs avoisinant les 300 chats/km2.

Aux États-Unis, 32 % des foyers possèdent au moins un chat comme animal de compagnie et entre 9 et 22 % des foyers s’occupent de chats en liberté ne leur appartenant pas. On estime donc à 82,8 millions le nombre de chats domestiques de compagnie et entre 25 et 60 millions le nombre de chats errants aux États-Unis. Au Québec, 29 % des foyers possédaient un chat comme animal de compagnie en 2008, comparativement à 23,2 % en 1995. Sachant que les propriétaires ont en moyenne 1,57 chat, il est possible d’estimer le nombre de chats domestiques au Québec, en 2008, à 1,45 million d’individus. À noter que ce nombre ne tient pas compte des chats errants et des chats en refuge ou en magasin animalier. Il existe très peu de données sur le nombre exact de chats errants au Québec. Selon certaines sociétés protectrices des animaux (SPA) et sociétés pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA), près de 50 % des chats reçus annuellement sont errants. En 2009, dans les régions de Québec, de la Mauricie, de l’Estrie, et du Saguenay, ces organismes ont reçu respectivement 3785, 2689, 2457 et 592 chats errants. À ce nombre s’ajoutent les animaux errants reçus dans des fourrières privées.

Impacts de son introduction

Chat errant vivant dans une colonie du Minnesota, États-Unis
(© Stephen Cowdery)

Le principal impact de l’introduction du chat est la prédation qu’il exerce sur les espèces indigènes. Les effets sont notamment visibles dans les milieux insulaires où les densités de chats errants peuvent atteindre 79,2 chats/km2. Dans certaines îles de la Basse-Californie, les chats errants sont responsables de l’extinction de plusieurs espèces d’oiseaux, dont le starique de Cassin (Ptychoramphus aleuticus), le guillemot de Xantus (Synthliboramphus hypoleucus) et le pétrel de Guadaloupe (Oceanodroma macrodactyla). La prédation par le chat serait aussi impliquée dans l’extinction d’oiseaux endémiques de la Nouvelle-Zélande comme le kakapo (Strigops habroptilus) et le Xénique de Stephens (Xenicus lyalli).

Il existe très peu d’information sur le taux de prédation par les chats errants vivant sur le continent. En fait, les principales données sur la prédation par les chats viennent de sondages auprès de propriétaires d’animaux de compagnie. Au Royaume-Uni, on estime que le taux de prédation d’un chat domestique de compagnie varie entre 4,3 à 7,7 proies par année. Si on extrapole à près de 8 millions de chats qui ont des propriétaires, ceux-ci seraient responsables de la mortalité de 52 à 63 millions de mammifères, de 25 à 29 millions d’oiseaux et de 4 à 6 millions de reptiles et amphibiens. À ces nombres s’ajoute la prédation qu’exerceraient près de 800 000 chats errants. L’importante diminution des populations d’étourneaux (Sturnus vulgaris) et de moineaux (Passer domesticus) que l’on observe depuis les 30 dernières années au Royaume-Uni serait en partie attribuée à la prédation par les chats domestiques de compagnie et les chats errants. Aux États-Unis, la prédation par les chats est la principale cause du déclin de plusieurs espèces en danger d’extinction, comme une espèce de lapin des marais de la Floride (Sylvilagus palustris hefneri), le Key Largo woodrat (Neotoma floridana smalli). Le chat menace aussi des espèces pour lesquelles il existe des enjeux de conservation dans certaines régions, comme le merle bleu de l'Est (Sialia sialis) et le colibri à gorge rubis (Archilochus colubris).

La prédation par le chat n’a pas seulement des effets sur les proies. Les chats domestiques et errants sont d’importants compétiteurs des espèces prédatrices indigènes. Par exemple, des chats errants menacent d’extinction le renard gris insulaire (Urocyon littoralis), une espèce endémique à un archipel au large de la Californie. Au sud de la province, le chat domestique pourrait également concurrencer le raton laveur (Procyon lotor) pour certaines proies comme les rongeurs.

Un autre impact important de l’introduction des chats est leur implication dans la transmission de maladies. Les chats peuvent transmettre la rage, la maladie de Lyme et la toxoplasmose à d’autres animaux ainsi qu’à l’humain. Les chats atteints du virus de l’immunodéficience féline ou de la leucémie féline peuvent également le transmettre à des félins sauvages.

Prévention et contrôle

Vous pouvez prévenir l’augmentation des populations de chats errants de plusieurs manières :

  • Stérilisez votre animal de compagnie avant qu’il atteigne la maturité sexuelle, soit avant l’âge de 6 mois. Les chats domestiques stérilisés apportent plusieurs avantages à leurs propriétaires, car ils sont généralement en meilleure santé, les femelles n’ont plus de « périodes de chaleur », les mâles sont moins agressifs et ne fuguent plus, et les propriétaires s’évitent les tracas de trouver une famille d’accueil aux rejetons.
  • Gardez votre chat à l’intérieur du domicile. Cette approche permet de réduire la prédation des petits mammifères et des oiseaux, en plus d’être bénéfique pour le chat lui-même en diminuant les risques d’être frappé par un véhicule et de contracter des maladies.
  • Identifiez votre chat par un médaillon et enregistrez-le auprès de la SPA ou la SPCA de votre région. Les animaux égarés portant un médaillon sont retrouvés dans 99 % des cas, alors que seulement 15 % des animaux qui n’ont pas d’identification retrouvent leur foyer.
  • Évitez de nourrir les chats errants ou abandonnés. Informez-vous auprès de votre municipalité, de la SPA ou de la SPCA de votre région pour connaître la procédure à suivre lorsque des chats errants sont trouvés.

Si vous souhaitez vous départir de votre animal de compagnie, pensez aux options suivantes :

  • Essayez de lui trouver un autre foyer ou amenez-le à un organisme qui favorisera son adoption comme la SPA ou la SPCA de votre région.
  • Faites don de l’animal que vous ne voulez plus à une animalerie ou à une institution publique telle qu’une école, une maison de personnes âgées ou un hôpital.
  • Publiez une annonce afin d’échanger ou d’offrir l’individu à un autre amateur de chat.
  • Si aucune de ces solutions ne vous convient, vous devez envisager de faire euthanasier votre animal dans une clinique vétérinaire.
  • N’abandonnez jamais votre animal de compagnie dans un parc urbain ou dans des milieux naturels.

Soyez vigilants, la prévention est le meilleur moyen d’empêcher
la propagation des chats errants !