L’état de santé des chauves-souris au Québec : une situation préoccupante à suivre de près


Un échantillon de salive prélevé à l’aide d’un coton-tige délicatement inséré dans la bouche de la chauve-souris permettra de rechercher la présence du virus de la rage. Source : Frédérick Lelièvre - MRNF

Le syndrome du museau blanc (SMB) a été détecté dans plusieurs États américains du Nord-Est depuis 2007, de même qu’en Ontario et au Québec au printemps 2010. Les chauves-souris affectées par ce syndrome présentent souvent une infection fongique de couleur blanche sur le museau et les parties du corps dénudées de poils (p. ex., oreilles et ailes). Puisque ce syndrome a déjà décimé plusieurs colonies de chauves-souris aux États-Unis, il est crucial de bien comprendre l’état de santé actuel des populations de chauves-souris au Québec. Cela permettra de mieux mesurer les impacts de l’introduction récente de ce syndrome. Par exemple, la comparaison des données récoltées à des endroits où le syndrome est absent avec celles d’endroits où il est présent pourrait permettre de mieux comprendre la dynamique du SMB dans l’est de l’Amérique du Nord.


Prise de la mesure de la longueur de l’avant-bras de la chauve-souris baguée. Source : Frédérick Lelièvre - MRNF

À l’automne 2009, une équipe de Faune Québec a mené un projet de recherche dans le but de documenter la condition physique des chauves-souris dans trois mines aménagées du sud du Québec et connues pour abriter des populations de chauves-souris. Au cours de ce projet, plusieurs mesures corporelles ont été prises afin d’évaluer la condition physique des quelque 260 chauves-souris qui ont été capturées. Sur le terrain, tous les individus capturés au moyen de pièges de type « harpe » ont été pesés et mesurés afin d’obtenir des valeurs morphométriques de référence pour ces populations. Ensuite, un examen physique sommaire des animaux a été effectué afin de noter la présence de blessures, de récolter des ectoparasites et d’évaluer l’état des membranes des ailes et de la queue. De plus, les ailes des différents individus ont été photographiées pour permettre des comparaisons ultérieures. Évidemment, lors de ces manipulations, une attention particulière a été portée aux signes pouvant s’apparenter au SMB.


Un échantillon de salive prélevé à l’aide d’un coton-tige délicatement inséré dans la bouche de la chauve-souris permettra de rechercher la présence du virus de la rage.
Source : Frédérick Lelièvre - MRNF

Afin de réaliser diverses analyses génétiques permettant de mieux comprendre les déplacements des chauves-souris (par les échanges de gènes entre sites), deux minuscules biopsies de peau d’un diamètre de 2 mm ont été effectuées sur le patagium (membrane de la queue) des individus. En terminant, un échantillon de salive a été prélevé sur les animaux au moyen d’un coton-tige inséré dans la bouche des individus. Ces échantillons, analysés dans les laboratoires de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, devraient permettre d’estimer la proportion d’individus qui excrétaient le virus de la rage dans leur salive au moment des travaux.

Les observations préliminaires permettent de croire que les populations des sites visités sont, de façon générale, en bonne santé. En effet, les spécimens capturés semblaient en bonne condition physique et ne présentaient pas de lésions importantes sur les ailes s’apparentant au SMB. De plus, bien que des parasites aient été récoltés sur certains individus, le nombre d’animaux parasités n’a pas semblé anormalement élevé lors des interventions sur le terrain, d’autant plus qu’il est normal de trouver des parasites chez des animaux sauvages. Les résultats des analyses réalisées pour la détection du virus de la rage, de même que les résultats des analyses génétiques, seront disponibles ultérieurement puisque ce projet de recherche n’a débuté que tout récemment.

Petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus) portant une bague d’identification à l’aile. Cette bague permet l’identification certaine d’un individu, car elle porte un numéro unique.
Source : Frédérick Lelièvre - MRNF