Les principaux parasites du caribou au Québec



 

Les animaux sauvages et domestiques hébergent naturellement des parasites. La survie d’un caribou en bonne condition physique n’est généralement pas influencée par la présence d’un ou de plusieurs parasites dans son organisme. Les parasites peuvent cependant influencer la survie d’individus qui sont en mauvaise condition. La qualité alimentaire de l’habitat serait le principal facteur qui influence la condition physique des caribous. Ainsi, les différents parasites du caribou contribuent à la dynamique de population des grands troupeaux et constituent une composante naturelle de l’écosystème nordique.


Il existe de nombreuses espèces de parasites et chacune présente ses particularités. Certains parasites du caribou sont visibles à l'oeil nu et leur présence inquiète parfois les chasseurs attentifs à leur gibier. Ils peuvent être identifiés indirectement par la présence d’un kyste, d’une lésion ou d’un abcès. Ces symptômes révèlent parfois la présence d’organismes unicellulaires, de larves ou de vers. Selon l’espèce de parasite, il est possible de les retrouver principalement dans le foie, les muscles, le système respiratoire et sous la peau.

Le cycle de vie des parasites est souvent complexe et nécessite généralement la présence d’hôtes spécifiques. Un hôte intermédiaire héberge le parasite lors de sa phase de croissance initiale à partir de l’œuf, puis l’hôte définitif héberge le parasite lors de ses dernières phases de maturation et/ou de reproduction. Le caribou s'infecte généralement en consommant des végétaux contaminés par des œufs ou des larves parasitaires issues des matières fécales de carnivores ou d’autres caribous. Certains insectes peuvent aussi être à la source d’infestations parasitaires en agissant en tant que vecteur de transmission ou simplement en pondant directement leurs œufs sur l’animal.

La plupart des parasites du caribou sont inoffensifs pour l’humain. En effet, plusieurs parasites nécessitent un hôte spécifique et sont donc restreints à une espèce ou à un groupe particulier d’espèces similaires. Bien que l’humain ne soit généralement pas directement concerné par les parasites du caribou, il est recommandé de respecter les règles d'hygiène élémentaires lors de la manipulation d’une carcasse et des ses parties destinées à la consommation. Les principaux parasites susceptibles d’infecter le caribou sont présentés ci-dessous.

Fascioloïdes magna

On reconnaît F. magna, dont le nom commun est la «douve du foie», à la présence de kystes jaunâtres enlisés plus ou moins profondément dans le tissus hépatique. De forme ovale à ronde, ces kystes peuvent mesurer jusqu'à 10 cm de diamètre et sont constitués d'une capsule fibreuse épaisse pouvant contenir deux parasites et un liquide brun. Ces derniers ressemblent à une sangsue et constituent la forme mature du parasite. Les douves sont de la même couleur que le foie et peuvent atteindre une longueur de 5 cm. On comptera parfois quelque dizaines de ces kystes chez un même animal.

Il semble que plus d'un caribou sur deux puisse être porteur de ce parasite dans le troupeau Rivière-George et qu’il soit moins commun dans le troupeau Rivière-aux-Feuilles. Le caribou est l’hôte définitif de ce parasite qui dissémine ses œufs dans les excréments du caribou, ce qui les dissémine dans l’environnement. Les gastéropodes constituent des hôtes intermédiaires en ingérant les œufs et en excrétant la forme larvaire du parasite sur la végétation. Un caribou peut se nourrir accidentellement de la végétation infestée et ingère des larves qui iront se loger dans son foie pour compléter leur cycle de vie. Il est rare que la santé du caribou en soit affectée et la consommation de la carcasse ne présente généralement aucun danger. Le foie parasité est cependant peu esthétique.

Cysticercus tenuicollis

Ce parasite est principalement observé chez le caribou sous la forme de kystes blanchâtres à la surface du foie. Le kyste est de petite dimension, soit de 6 à 12 mm de diamètre. La paroi du kyste est translucide et laisse voir un gros point blanc qui correspond à la tête de la phase immature du ver plat Taenia hydatigena. Ce parasite peut aussi être présent dans la cavité abdominale sous forme de larve lors de sa migration entre le tube digestif et le foie.

Ce parasite infeste environ la moitié des caribous. Chez la plupart des animaux infestés, le nombre de ces kystes dans le foie est plutôt faible. Avec le temps, le kyste s'épaissit et prend l'apparence d'un corps jaune et dur. Les deux types de kystes, translucide ou dur, peuvent se retrouver chez le même animal.

Les canidés sont des hôtes définitifs qui s'infestent en se nourrissant du caribou infesté, puis contaminent la végétation par leurs matières fécales contenant des segments de la forme mature du ver plat et ses œufs. Le caribou constitue donc l’hôte intermédiaire suite à l’ingestion des œufs qui se développeront dans son organisme jusqu’à la phase larvaire du parasite. À l’exception d’une infestation sévère, ce parasite n’affecte pas la santé du caribou. Comme les chiens peuvent être un hôte définitif, il est déconseillé de les nourrir avec les parties du foie infestées afin de limiter leur infestation et la dispersion du parasite. Ce parasite n’est pas transmissible à l’humain.

Cysticercus tarandi

Dans les muscles et le coeur se loge C. tarandi, la forme immature du ver plat Taenia krabbei. La présence de la phase larvaire de ce parasite entraîne la formation d’un kyste qui ressemble à un grain de riz, autant par sa dimension, sa couleur et sa consistance assez ferme. Environ dix pourcent des caribous en seraient porteurs. L’ensemble des muscles sont sujets à l’infestation par ce parasite qui peut aussi infester d’autres tissus dans de rares cas.

Son cycle de vie est très similaire à celui de Taenia hydatigena. Les prédateurs du caribou, principalement le loup et l’ours noir, sont des hôtes définitifs de ce parasite et sont donc essentiels à sa reproduction et à sa dispersion. Les caribous infestés contiennent rarement un grand nombre de kystes et leur santé n’en serait pas affectée. Comme les chiens peuvent être un hôte définitif, il est déconseillé de les nourrir avec la viande infestée. Ce parasite n’est pas transmissible à l’humain.

Kystes hydatiques

En ouvrant la cage thoracique d'un caribou, on découvrira parfois des boules d'eau plus ou moins enlisées dans les poumons. Ces kystes volumineux générés par la présence de la forme larvaire du vers plat Echinococcus granulosus peuvent atteindre 5 à 10 cm. Le kyste est formé d'une mince paroi rigide enfermant un liquide contenant une multitude de points blancs de la taille d'un grain de sable; chacun étant une tête de la forme larvaire du parasite.

Le caribou constitue l’hôte intermédiaire de ce parasite qui n'affecte généralement pas sa santé. Le caribou s’infeste suite à l’ingestion accidentelle des œufs du parasite dispersés dans la végétation par les excréments des canidés. Les embryons parasitaires issus des œufs ingérés circulent dans l’animal par le biais du système sanguin et se logent majoritairement aux poumons, ce qui engendre la formation de kystes hydatiques. Ce parasite peut aussi se loger au foie et, plus rarement, aux reins, mais jamais dans la viande. La consommation de la viande et des abats d’un caribou infesté ne comporte aucun danger, car la forme larvaire du parasite est sans danger pour l’humain.

Les canidés sont les hôtes définitifs de ce parasite et s’infestent en consommant les organes de caribou portant des kystes. Le parasite entreprend alors une phase de maturation et prend la forme d’un ver plat dans l’intestin du canidé. Ce dernier excrétera alors les œufs du parasite dans ses excréments, ce qui contaminera la végétation environnante. Comme les chiens domestiques sont des canidés au même titre que les loups et les renards, ils peuvent être infestés par ce parasite. Étant donné que les œufs du parasite peuvent demeurer collés aux poils d’un chien, l'humain pourra s'infecter en caressant son animal et en portant ensuite la main à sa bouche. L’humain devient alors un hôte intermédiaire et est sujet au développement de kystes hydatiques qui peuvent engendrer des pathologies sévères. Il est donc important de ne pas nourrir des chiens avec des organes parasités pour éviter sa dissémination.

Besnoitia tarandi

Bien que le protozoaire Besnoitia tarandi soit présent dans la plupart des populations de caribou à l’échelle mondiale, ce parasite a récemment été identifié dans la population de caribous du Québec. La prolifération de ce parasite intracellulaire dans les tissus conjonctifs engendre la formation de kystes blanchâtres de 0,5 mm de diamètre. La présence de nombreux kystes donne une apparence rugueuse aux tissus infestés. Chez un animal peu infesté, les kystes peuvent être observés sous la peau du bas des pattes. La progression de l’infestation mène à l’apparition de kystes à la surface de la cornée, dans le cartilage du museau et, de façon généralisée, sous l’ensemble de la peau du caribou, ce qui engendre de multiples symptômes externes apparents. Dans le cas d’une infestation sévère apparaissent la perte de souplesse de la peau, la perte de poils et des lésions, principalement aux pattes. De façon caractéristique chez le mâle, les individus gravement atteints auront une nécrose du scrotum. La croissance anormale d’un panache noirci et friable serait aussi reliée à une infestation sévère par ce parasite.

Le cycle de vie de Besnoitia tarandi est méconnu. Le caribou constitue l’hôte intermédiaire de ce parasite qui dépendrait normalement d’un hôte définitif carnivore pour sa reproduction et sa transmission vers d’autres individus. L’hypothèse selon laquelle le protozoaire pourrait être transmis par des insectes piqueurs n’a pas été démontrée, mais demeure digne d’intérêt.

Il est connu que ce parasite n’est pas transmissible à l’humain. Son effet sur les populations de caribou est peu documenté. Des travaux de recherche en cours tentent de détailler ses conséquences physiologiques ainsi que la prévalence du parasite dans la population. La sévérité de l’infestations et son effet sur la survie de l’animal dépendraient de la condition physique initiale du caribou; ce parasite affaiblirait davantage les individus en mauvaise condition.

Dictyocaulus viviparus

Ce nématode de couleur blanchâtre est communément appelé « ver du poumon ». Ce ver rond peut mesurer jusqu’à 10 cm de longueur. La forme mature de ce ver infeste les bronches du caribou où il se reproduit; le caribou constitue donc l’hôte définitif de ce parasite. Les œufs du parasite transitent vers le système digestif de l’animal par le mucus des bronches. Les embryons du parasite sont excrétés dans les fèces et contaminent la végétation lors de leur maturation. Le caribou s’infeste en ingérant accidentellement le stade larvaire avancé.

Bien que D. viviparus ne soit pas transmissible à l’humain, il n’est pas spécifique au caribou. Ce parasite est susceptible d’infester les autres cervidés et les ruminants domestiques. La présence de nombreux vers dans les bronches peut affecter la respiration de l’animal et induire la fatigue. Les individus sévèrement infestés peuvent développer une pneumonie qui peut mener à la mort de l’animal. Les individus en bas âge seraient plus susceptibles de succomber à ce parasite. Les études récentes ne permettent pas de déterminer la proportion des caribous infestés par ce parasite au Québec.

Hypoderma tarandi

La forme mature de H. tarandi est une mouche qui ressemble à une abeille et qui pond ses oeufs spécifiquement sur les poils des pattes et flancs des caribous. Ses larves éclosent en une semaine et pénètre sous la peau pour migrer vers le dos de l’animal. Les larves entreprennent alors une phase de croissance au cours de l’année, ce qui engendre la formation d’une bosse qui est approximativement de 1 cm de diamètre à l’automne, et qui peut atteindre 2 à 3 cm de diamètre au printemps. Les larves perforent la peau pour mieux respirer et s’extirpent par ce trou au printemps et tombent au sol pour entreprendre leur dernière phase de maturation.

Comme ces larves sont souvent nombreuses, leur effet sur la santé du caribou se fera sentir par un inconfort, de l'amaigrissement et des infections bactériennes secondaires. La présence de larves accélère localement la mue printanière mais le caribou cicatrise rapidement suite à la sortie de la larve. Ce parasite ne peut se transmettre à l'humain et la consommation de la carcasse et des abats ne présente aucun danger.

Cephenemya trompe

Cette espèce de mouche pond ses larves dans la cavité nasale des caribous. La migration des larves vers les sinus de l’animal engendre une irritation marquée qui favorise l’apparition de troubles respiratoires. La maturation des larves cause l’obstruction graduelle des sinus sur une période de 8 à 10 mois. Pendant ce temps, les larves se nourrissent des muqueuses et de leurs sécrétions. Au printemps les larves mesurant de 3 à 4 cm sont expulsée au sol par le caribou et entreprennent leur dernière phase de maturation. Les larves de C. trompe sont inoffensives pour l’humain et ne représentent pas une menace directe pour la qualité de la viande.

Les caribous sont grandement vulnérables au harcèlement par les insectes lors de la saison estivale. Puisque cette mouche cible le museau de l’animal, elle représente un stress significatif pour l’animal; principalement en réduisant le temps alloué à l’alimentation. La formation de grands rassemblements de caribous serait en partie expliquée par l’effet de ce comportement sur la diminution de l’intensité du harcèlement par les insectes.

Règles de prévention

Pour votre sécurité, il est impératif de respecter les règles de prévention et d’hygiène lors de la manipulation et de la conservation du gibier. À cet effet, vous êtes invités à consulter la page Manipulation et conservation de la viande de gibier.

Il est important de ne pas donner de viande ou d’abats provenant de gibiers aux animaux domestiques afin de limiter leur infestation et la propagation de certains parasites dans l’environnement.

Références

Fréchette, Jean-Louis. 1986. Guide pratique des principaux parasites et maladies de la faune terrestre et ailée du Québec. Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. Distribution Pisciconsult inc. St-Hyacinthe. 280 pages.

Parasitic Diseases of Wild Mammals, Second Edition. 2001. Edited by William M. Samuel, Margo J. Pybus & A. Allan Kokan. Iowa State University Press. Iowa. 599 pages.