Le ver parasite Anisakis simplex et le « syndrome inflammatoire périanal » chez le saumon atlantique sauvage



 

Comme c’est le cas dans plusieurs autres pays, la présence du syndrome inflammatoire périanal (Red Vent Syndrome) chez le saumon atlantique soulève bien des questions, autant chez les pêcheurs sportifs que chez les principaux gestionnaires des rivières à saumons du Québec. Afin de dresser le portrait de la situation au Québec ainsi que de tenter de mieux comprendre les raisons de l’augmentation d’Anisakis simplex chez le saumon et les effets potentiels de ce parasite sur les populations, le Ministère a commencé en 2009 une campagne de surveillance sur dix rivières (figure 1).


Selon les renseignements transmis par les pêcheurs sportifs, en 2009, 35 % des saumons atlantiques analysés dans le cadre du programme de surveillance étaient atteints du syndrome. Ce pourcentage était de 27 % en 2010 (tableau 1).

Qu’est-ce que le « syndrome inflammatoire périanal »?

Parasite Anisakis. Crédit photo : Fisheries Research Services Marine Laboratory, Aberdeen
Parasite Anisakis. Crédit photo : Fisheries Research Services Marine Laboratory, Aberdeen  
Cette maladie se traduit par une inflammation de la région entourant l’orifice anal du poisson. L’inflammation de la région de l’anus est associée à la présence, et surtout à une concentration inhabituellement grande, du parasite Anisakis simplex dans les tissus entourant l’anus. Les raisons précises de l’augmentation de la prévalence et de l’abondance d’Anisakis simplex chez le saumon atlantique, et plus précisément dans ces tissus, demeurent inconnues.

La présence du ver parasite Anisakis simplex chez le saumon atlantique n’est pas inhabituelle. D’ailleurs, ce parasite est présent chez plus de 200 espèces de poissons marins, dont la morue, le maquereau et le hareng. Ce sont les signes cliniques observés dans la région périanale des saumons atlantiques qui sont inhabituels. Les premières observations du syndrome inflammatoire périanal ont eu lieu en Écosse en 2007. Depuis, ce syndrome observé uniquement chez le saumon atlantique a été répertorié dans divers endroits tels que l’Angleterre, l’Islande, l’Irlande et le Québec. Les observations enregistrées au Québec constituent d’ailleurs la première identification du syndrome en Amérique du Nord.

 
Région périanale d’un saumon en bonne santé
Photo : Fisheries Research Services Marine Laboratory, Aberdeen
 
Saumon fortement atteint du syndrome périanal
Photo : Fisheries Research Services Marine Laboratory, Aberdeen

Au cours de l’été 2008, des saumons atlantiques présentant des symptômes analogues au syndrome inflammatoire périanal ont été observés dans certaines rivières du Québec, dont la rivière Petit Saguenay et la rivière aux Rochers (figure 1).

Une situation préoccupante pour le saumon?

Fort heureusement, à la lumière des connaissances scientifiques actuelles, rien n’indique que le syndrome inflammatoire périanal entraîne une baisse du taux de survie ou du succès reproducteur du saumon.

Les observations faites ces dernières années révèlent que le niveau d’infection diminue de façon inversement proportionnelle au temps passé en eau douce depuis la montaison. Dans certains cas, une guérison complète de la peau autour de l’anus est même observée après quelques mois en eau douce.

Une situation préoccupante pour le pêcheur?

L’ingestion de larves vivantes d’Anisakis sp. par l’humain peut entraîner de graves problèmes de santé. Les symptômes peuvent, entre autres, se traduire par des douleurs gastro-intestinales, des nausées ou des vomissements.

Les pêcheurs qui souhaitent consommer leur capture doivent faire preuve de prudence, comme pour tous les autres poissons sauvages. Les larves d’Anisakis sp. se trouvent principalement dans les viscères des poissons infectés, mais elles peuvent également être présentes dans leur chair. D’ailleurs, lorsque le poisson est capturé et meurt, les parasites délaissent les viscères pour s’enfoncer dans la musculature qui entoure l’abdomen, dans une tentative de quitter l’hôte. Ainsi, une éviscération rapide du poisson ou une conservation au froid permettra de limiter la migration du parasite dans la chair.

Pour éviter toute contamination, il suffit de respecter l’ensemble des règles suivantes :

  • éviter de consommer les poissons fortement infestés;
  • lors de la préparation du poisson, avant la cuisson, s’assurer de retirer toutes les larves visibles;
  • faire cuire le poisson adéquatement avant de le consommer (la température interne du poisson doit atteindre 63 °C au minimum pendant 15 secondes).

Les pêcheurs souhaitant tout de même consommer leur saumon cru devraient au préalable l’avoir congelé à une température constante de -20 °C pendant au moins sept jours, ce qui n’est pas toujours évident, puisque ce ne sont pas tous les congélateurs domestiques qui peuvent remplir ces conditions. Il faut noter que le fumage du poisson n’est valable que si la température interne du poisson atteint 63 °C pendant au moins 15 secondes.

L’ingestion de larves d’Anisakis sp. peut aussi entraîner des troubles allergiques de gravité variable pouvant aller de l’urticaire jusqu’au choc anaphylactique. Selon certaines études, ni la cuisson ni la congélation des poissons n’élimineraient complètement ce risque.

Cycle de vie du parasite

Pour se développer, le parasite Anisakis simplex a besoin de transiter par plusieurs organismes vivants, alors appelés hôtes. Le parasite adulte se développe dans l’estomac d’un mammifère marin, tel que la baleine ou le phoque. Une fois adulte, il y pond ses œufs, qui sont ensuite expulsés dans l’eau par les selles. Les œufs éclosent dans l’eau puis les larves sont mangées par un crustacé (hôte intermédiaire). Les crustacés peuvent alors être mangés par des poissons. Les poissons sont toutefois des hôtes facultatifs puisque le parasite n’est pas obligé de transiter par ceux-ci pour compléter son développement. Le cycle de vie du parasite est complété lorsqu’un mammifère marin (hôte final) mange un crustacé ou un poisson infecté (figure 2).

Pour en savoir plus

La campagne de surveillance menée par le Ministère est toujours en vigueur. Aussi, pour toute question relative au syndrome inflammatoire périanal, nous vous invitons à communiquer avec le Ministère.

Tableau 1 - Prévalence du syndrome périanal chez le saumon atlantique de dix rivières du Québec en 2009.
Données provenant du ministère des Ressources naturelles et de la Faune.

Rivière
Région
administrative
2009
Saumons atteints
Saumons enregistrés
Prévalence
Matane Bas-Saint-Laurent
-
-
-
Saint-Jean Saguenay–Lac-Saint-Jean
4
12
33 %
Malbaie Capitale-Nationale
25
38
66 %
Petit Saguenay Capitale-Nationale
2
10
20 %
Aux Rochers Côte-Nord
17
48
35 %
Étamamiou Côte-Nord
98
251
39 %
Trinité Côte-Nord
-
-
-
St-Jean Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
-
-
-
Bonaventure Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
-
-
-
York Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine
47
186
25 %
Total  
193
545
35 %

 

Rivière
Région
administrative
2010
Saumons atteints
Saumons enregistrés
Prévalence
Matane Bas-Saint-Laurent
183
776
24 %
Saint-Jean Saguenay–Lac-Saint-Jean
-
-
-
Malbaie Capitale-Nationale
28
70
40 %
Petit Saguenay Capitale-Nationale
1
33
3 %
Aux Rochers Côte-Nord
54
69
78 %
Étamamiou Côte-Nord
66
138
48 %
Trinité Côte-Nord
48
90
53 %
St-Jean Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
6
52
10 %
Bonaventure Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
36
373
10 %
York Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine
55
185
30 %
Total  
477
1786
27 %

 

Document afférent

  • Stratégie québécoise sur la santé des animaux sauvages – Rapport des activités de surveillance – 2009 (format PDF, 7 Mo)

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Figure 1 - Rivière à l’étude pour la détection du syndrome inflammatoire périanal.




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Figure 2 - Cycle de vie du parasite Anisakis (Image : CDC/Alexander J. da Si).

Tolo, Marco. The life cycle of Anisakis simplex and Pseudoterranova decipiens, the causal agents of Anisakiasis. Obtained from the CDC Public Health Image Library].

CDC = Centers for Disease Control and Prevention